Voyage t-on pour fuir?

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Quand nous étions en Nouvelle-Zélande, et en particulier lorsque nous étions sur les routes en mode backpacker, nous avons eu l’occasion de rencontrer et de discuter avec énormément de voyageurs. Il y a bien sûr ceux qui sont là pour 15 jours, 3 semaines, en voyage de noces, ceux qui restent là un an et rentrent chez eux, ceux qui ont une soif folle de découverte, ou ceux qui sont là, littéralement en transit perpétuel.

Et dans cette dernière catégorie, force est de constater que la réalité était souvent loin de l’image du voyageur au long cours passionné d’ailleurs et assoiffé de grands espaces.

Problèmes familiaux, échec universitaire ou professionnel, malaise vis-à-vis de soi et de ses envies, immaturité chronique, il est vrai que souvent, le voyage au bout du monde prenait des aspects de fuite en avant perpétuelle. Une de mes amies, là-bas, fréquentait un britannique aux réactions qui ne trompaient pas. Après plusieurs années à sillonner le monde et l’Asie en particulier, il lui arrivait de prendre la décision de rentrer pour reprendre ses études; il achetait aussitôt un billet pour Londres.

Avant de l’annuler, quelques jours plus tard, et de reprendre un billet pour un autre ailleurs.

Il y avait aussi les quarantenaires, qui étaient partis à l’autre bout du monde et qui, depuis plusieurs années, vivaient dans une auberge de jeunesse, entourés de gens de passage, de jeune en voyage, avec pour toutes possessions un sac de fringues et enchaînant les petits boulots.

Voyager n’est pas tout le temps synonyme d’épanouissement, et ces rencontres ont eu quelque chose de vraiment triste.

Même si je n’ai pas de problème avec ma vie, ma famille, mon travail, mes études, je ne peux pas m’empêcher de penser que l’excès, dans tout même dans le voyage, trahit une sorte de fuite, bonne ou mauvaise. En fait, il s’agit seulement de définir ce qu’on entend par fuite. On lui donne systématiquement une image négative, de refus d’assumer des choses par angoisse, par mal-être, par déprime, mais parce que l’on part toujours du principe que « la vie normale », c’est de faire des études, d’avoir un boulot, de profiter de ses RTT et de ses 20j de vacances par an pour souffler.

Mais si on part du principe que cette vision normative est uniquement induite par des comportements culturels, alors ce désir de voyage permanent pourrait être une autre forme de normalité. Rejeter, oui; fuir, mais pas pour ne plus assumer d’autres choses. Fuir, seulement parce que ce choix là est plus épanouissant pour la personne qui le fait, par refus de se conformer à quelque chose qui ne nous convient pas, en toute conscience, et sans dénigrer les gens qui s’épanouissent dans ces existences plus attendues.

Si on redéfinit tout cela, le voyage perpétuel n’est plus nécessairement une fuite. C’est sûrement un symptôme de rupture, en bien ou en mal, mais ça peut aussi être un choix de vie, atypique certes, et qui fait peur aux gens, mais un choix de vie tout ce qu’il y a de plus légitime, et de plus normal.

À condition d’avoir le courage de se confronter soi-même, et de savoir – vraiment – ce que l’on part chercher ailleurs.

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4 réflexions sur “Voyage t-on pour fuir?

  1. Très bonne analyse ! C’est vrai que j’adore voyager et dans ma famille, il y a deux camps : ceux qui pensent que le voyage permet de s’enrichir et mieux se connaître (ce clan compte ceux qui ont voyagé) et ceux qui pensent que le voyage c’est la fuit (ce clan comporte ceux, qui, comme par hasard, ne voyagent pas). Je n’avais jamais bien compris ce qu’ils voulaient dire mais, grâce à vos exemples concrets, je vois mieux ce qu’ils voulaient dire ! Mais, ces gens un peu « paumés » qui se réfugient dans le voyage sont les mêmes qui se droguent ou se noient dans les jeux vidéos… Dur de dire que c’est la faute des voyages, non ?

    • Je suis tout à fait d’accord avec vous: certains « choisissent » le voyage comme d’autres l’alcool ou les jeux vidéos, ce n’est nullement la faute des voyages eux-mêmes. Mais c’est curieux qu’une expérience a priori basée sur l’enrichissement et la découverte puisse avoir la même utilité et agir de la même façon qu’une bouteille de whisky ou qu’un rail de coke, quand on y pense…

      • Parce que le voyage est hyper addictif ! Découvrir de nouvelles personnes, de nouveaux lieux et de nouvelles gastronomies c’est enivrant comme de l’alcool !

  2. Oui mais que représente le voyage pour quelqu’un qui n’aime pas tant faire toutes ces expériences ultra enrichissantes, qu’oublier tout ce qu’il laisse derrière lui?

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